c'est le blog d'un gardien de musée pour vous montrer l'envers du décor,vous faire voir ce que vous n'avez pas le temps de voir ...
Et maintenant, place à un peu plus de vie et de gaieté !
La représentation du nu prend à partir du XVIIIe siècle un tour beaucoup plus sensuel.
Les artistes travaillent "aux corps" avec de la chair vive.
La nudité est peinte (ou sculptée) pour titiller les sens, la sexualité est
plus que présente.
Ceux qui riaient dans les salles des antiquités gréco-romaines vont maintenant pouffer et rougir. Certaines oeuvres du Louvre ne
dépareraient pas au musée de l'érotisme !
(Rappelons à cette occasion que Pigalle n'est pas qu'une rue, c'est surtout et avant tout un grand sculpteur français du XVIIIe siècle que vous retrouverez dans la Cour Puget , à Richelieu.)
Pour les tableaux qui illustrent cet article, ils sont tous à Sully, 2éme étage.
En haut, à gauche, Nymphe et Satyre de Watteau, 1715 (salle 36);
à droite, La Comparaison de Frederic Schaal, fin XVIIIe (salle C).
La Femme est à
l'honneur, ses formes dévoilées et mises en scène dans des oeuvres au fort pouvoir érotique.
Les poses se font très aguichantes invitant à des activités voluptueuses. Les corps s'exposent sans pudeur comme dans L'Odalisque de Boucher, 1745 (salle 40), photo à
gauche.
Les décors et les draperies dessinent autour des personnages un "paysage" très
suggestif. Voyez dans la toile de Le Moyne (photo à droite) la forme équivoque de la
massue d'Hercule que tient la reine de Lydie, Omphale.
Jean-Honoré Fragonard est un grand spécialiste de ces petites scènes libertines, si caractéristiques du XVIIIe siècle, qui montrent beaucoup, à la fois par l'image et par le titre. Ces oeuvres friponnes et sensuelles sont de petit format, souvent commandées par des collectionneurs privés.

Photos de deux Fragonard associés en pendant, La chemise enlevée, 1770, salle 49 et Le Feu aux poudres, 1778, salle A.
Tandis que le XIXe siècle, réputé plus prude, prend le prétexte de l'orientalisme alors en vogue pour
fantasmer le corps féminin et en exalter toute la sensualité.
Le Bain turc, par Ingres, 1862, salle 60.
Plusieurs de ces oeuvres ont un cadre en oculus (oeil rond ou ovale) comme si le spectateur-voyeur regardait par le trou de la serrure.
La sculpture n'est pas en reste, avec cette Nymphe au bain de Johan
Tobias Sergel, fin XVIIIe, salle E au rez-de -chaussée à Denon.
Doit-on guider votre regard vers le pilier hermaïque ? Vous ne savez pas ce
qu'est un pilier hermaïque ? Ça y est, je crois que vous avez compris !
On trouvait de nombreux piliers de ce genre à tous les carrefours de la Grèce antique.
Dans cette même salle, une autre petite oeuvre de Sergel, Centaure enlaçant une bacchante, est assez osée mais difficile à photographier et la base atlas ne montre pas les détails croustillants. Les amateurs sauront-ils la trouver ?
Et enfin, un nu masculin qui expose beaucoup de lui-même, pour la
plus grande joie des visiteurs: Faune endormi, par Bouchardon, 1730, copie d'un célèbre antique de la collection Barberini, rez de chaussée, Cour Puget à
Richelieu.
Le Louvre est connu depuis longtemps pour ses oeuvres osées qui effarouchaient les prudes demoiselles du XIXe siècle (voir Zola: la noce à Gervaise, Baudelaire...). Même maintenant, certains guides promettent à leur groupes d'aller voir les nus du Louvre. Et il y a des professionnels qui guident des visiteurs a-mateurs dans le Louvre coquin, en nocturne.