c'est le blog d'un gardien de musée pour vous montrer l'envers du décor,vous faire voir ce que vous n'avez pas le temps de voir ...
Les saints nus... tout un programme ! Mais pour les amateurs de topless, il faudra repasser. Après les antiquités gréco-romaines, place à la décence religieuse !
Enfin, ça dépend des fois. Car oui, même en religion le corps s'expose. Mais il faut chercher parce que les saints ne se dévoilent pas trop (sans mauvais jeu de mot !). La religion chrétienne au début de notre ère cache le corps (voir la plupart des icônes), et c'est à partir de la Renaissance que les artistes, s'inspirant des antiques gréco-romains, redonnent "chair" glorieuse au Christ et aux Saints personnages de l'histoire Chrétienne.

Du nu intégral, il ne faut pas y compter, mais pourtant on peut trouver ici et là un
peu de peau nue pour se rincer l'oeil (mais nous savons bien que ce n'est pas le but de ces articles).
Adam et Eve, le premier homme et la première femme, sont complètement nus. Mais toujours avec une feuille, une branche bien placée ou
un voile pudique. Sur les deux tableaux ci-joints, (de Joos Van Cleve, 1507, salle 9 des Peintures du nord à Richelieu, 2e étage), ils tiennent
eux-mêmes les feuillages pour cacher leur nudité. Comme il est dit dans la Bible, après avoir goûté le fruit du péché "ils connurent qu'ils étaient nus" et eurent honte. Nus, oui, mais pas "à
poil", pourtant on peut supposer qu'à l'époque des premiers hommes, c'était la mode velue ! Mais au XVIe siècle, le peintre l'ignorait.
Bien entendu, avec Jésus, c'est un peu plus facile (Quelques chiffres au passage : on trouve 123 oeuvres sous le nom de Jésus dans la Base Atlas, contre 24 pour Adam et Eve, 38 pour Saint Sébastien, et tout de même 14 pour la Vierge allaitant que nous verrons un peu plus loin). Jésus est souvent représenté enfant, tout nu sur les genoux de la Vierge. Les artistes montrent clairement qu'il n'est pas un ange !
Photo à gauche, La Vierge et l'enfant avec Saint Pierre et Saint Sébastien par Bellini, 1487 (Denon, 1er étage, salle 5).
Ensuite, pour les représentations de la passion et de la crucifixion, son corps est dévêtu mais garde cette simple étoffe judicieusement placée qu'on appelle perizonium. Encore que, ce voile est parfois très transparent, voire totalement absent. Ainsi, en exclusivité mondiale, les fesses de Jésus sur ce tableau à gauche, La Flagellation du Christ, de Maître LCZ (???), fin XVe, (salle 7 des peintures du Nord, 2° étage à Richelieu).
A droite Le Christ en croix (détail) par El Greco, fin XVIe, (Denon, 1er étage, salle 26).
Maintenant, pour les Saints,
on retrouve surtout Saint Sébastien (il n'y a qu'à suivre les flèches !) dont la représentation prend, à partir du XVe siècle,
la forme qu'on lui connaît aujourd'hui, celle du jeune homme quasi nu percé de flèches, opportunité rare de figurer la chair nue dans la peinture religieuse.
A gauche, Saint Sébastien par Le Pérugin, 1500, (dans la grande galerie à Denon, 1er étage).
Pour le nu féminin, la Vierge Marie, nouvelle Eve, ne nous dévoilera (parfois) qu'un petit bout de sein.
A droite, la Vierge
allaitant par Dirk Bouts, XVe, ( Richelieu, 2°e étage, salle 4).
C'est surtout Marie-Madeleine qui osera la nudité. Mais attention, la sainte n'est pas Aphrodite, alors on cache tout (ou presque) sous l'abondante chevelure !
Mais cela reste une formidable évocation de la nudité de la sainte, ici représentée par Gregor Ehrart vers 1515 (salle E, sculptures allemandes, entresol, Denon).

Selon une légende, la pécheresse pénitente vivant recluse dans la grotte de la Sainte-Baume, vêtue de ses seuls cheveux, était tous les
jours transportée au Paradis par des anges pour entendre un concert céleste.
Mais quelle ambiance règne dans ces salles ? Bon, n'exagérons rien, nous ne sommes pas dans une église, mais le public est respectueux. Ce n'est pas comme dans les salles des antiquités gréco-romaines, où la nudité est beaucoup plus sensuelle. Ici pas de main baladeuse, d'ailleurs beaucoup de ces oeuvres sont sous verre ou dans des vitrines, et puis certaines sont en dehors des circuits de visite. A rechercher donc !